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Digitalisation du monde (anticipation 1)

Nous observions le monde à travers des filtres, des algorithmes auxquels nous envoyions requêtes et recherches. Nous faisions des focus sur telle ou telle parcelle de l’univers, à travers le tissu informationnel pénétrant la réalité, ether virtuel qui sous-tend le monde humain et son activité, l’Internet.

J’ouvre une fenêtre sur une partie du monde, sans cesse renouvelée par un verbe, un souffle informationnel. Assez semblable à la fenêtre d’un train, cadran sur un fragment de monde qui défile sous mes yeux et joue des rythmes variés.

Nos ancêtres furent témoins de la numérisation du monde, ils tissèrent une vaste matrice englobant le monde, s’interpénétrant et diluant les frontières.
Les algorithmes ont aspiré et continus aujourd’hui d’aspirer la réalité, si bien qu’une indifférenciation entre réel et virtuel s’installa, inexorablement. Avec le développement des singularités visant à augmenter l’humain et ses perceptions et avec l’empilement des couches d’informations dans notre réalité sensible pour créer une réalité augmentée, nous nous immergions fatalement dans une réalité parallèle, pour une espèce nouvelle d’humanité. Alors qu’aujourd’hui les réseaux informatiques quadrillent l’univers en un vaste rhizome, notre monde lui-même ressemble à une immense simulation. L’humanité semble avoir sous-estimer les conséquences de l’informatisation et les nombreux changements qui en découlèrent… mais qui semblent si normaux aujourd’hui.

Nombreux sont les repères qui prouvent qu’on existe, il en existe autant qu’il existe d’égos. Mais depuis que nous partageons tous les mêmes mémoires externes il est difficile de délier le vrai de l’illusion. Toutefois et contre toute attente nous avons acquis une étrange conscience de nous-mêmes, plus fine que jamais, divisée en plusieurs niveaux. De l’avatar automatisé, extension d’un fragment d’égo souvent dédié aux tâches pénibles, à un « Soi » conscient de son appartenance au Tout.

Observer toutes ces données c’était comme de s’observer nous-mêmes à distance, externalisés, comme en-dehors de nous-mêmes, de toutes existences. Ou plutôt une existence différente et hors de notre temps, nous nous regardions jour après jour comme des entités appartenant au passé comme au futur, simultanément inscrits dans des temps différents et des espaces parfois très éloignés les uns des autres.

C’était devenu naturel, de nombreuses générations ont passés et nous nous sommes adaptés, presque malgré nous, sans même nous en rendre compte.