Sélectionner une page

Strates numériques et mondes immersifs

Les réalités augmentées et les dimensions virtuelles sont assez semblables aux rêves, aux dimensions parallèles et aux cosmogonies. On assiste à une dilution des frontières, une porosité entre notre univers tangible et des dimensions intangibles créées par l’être humain. Peut-être que cet élan est le résultat d’une intuition, d’une tentative inconsciente et fragmentaire d’exprimer certaines vérités restées jusqu’ici inaccessibles au commun des mortels.Consciemment ou non, nous créons d’autres dimensions – informatives ou non -, des systèmes de mémoire parallèles, des mondes semblables, des miroirs ou des univers complètement différents. Le plus souvent ces mondes sont infinis, ils peuvent croitre/décroitre ou à défaut d’espace se copier/déplacer, changer leur propre contenu et se mettre à jour. Bien que ce ne soit pas tout à fait correct, à l’inverse l’être humain est limité dans sa finitude, maintenu prisonnier dans un corps lourd, une enveloppe périssable soumise aux lois de la physique. Notre entendement, notre perception de l’espace et du temps sont voilés par un cerveau aux contours strictement définit. A défaut d’écarter les voiles de notre perception, d’ouvrir une brèche vers d’autres dimensions nous créons les nôtres, virtuelles et des couches dimensionnelles différentes.

C’est une expérience que nous faisons depuis quelques décennies maintenant, mais qui tend à prendre de l’ampleur. Le premier exemple de couche dimensionnelle (ou strate numérique) qui me vient à l’esprit est le concept de « Sandbox » ou de « Machine Virtuelle » en informatique ; c’est la juxtaposition d’au moins deux systèmes ou applications sur la même machine, dont le nombre d’emboitements est théoriquement infini, sous condition de ressources disponibles, d’espace libre et de puissance de calcul. A noter que la puissance des processeurs augmente exponentiellement.

Plus récemment, une nouvelle utilisation des réalités augmentées et des univers immersifs a vue le jour ; l’intégration d’émulateurs à l’intérieur du monde virtuel. Un émulateur dans un émulateur, lui-même intégré dans l’émulateur d’un monde dématérialisé, et ainsi de suite. Une mise en abyme à l’image des niveaux de consciences, ou des rêves et leurs différents niveaux, concept exploité entre autres par le film ‘Inception’. Des émulateurs de consoles de jeux ont ainsi été intégrés à l’intérieur de mondes immersifs accessible via l’Oculus Rift.

Dans un monde qui n’admet la réalité et son étude que sous la lentille matérialiste et du physicalisme, les notions métaphysiques, l’intuition et la créativité n’ont que peu de place. Les nouveaux paradigmes en cours depuis les années 2000 et l’explosion du numérique ont cependant permis de nouvelles approches de la réalité et de notre rapport aux autres.Un élan nouveau s’empare de nous, un mouvement orienté vers l’in-substantiel au moyen des nouvelles technologies, prédominantes aujourd’hui. Ces dernières pourraient entre autre élargir les frontières imposées par la finitude de nos jeunes corps, augmentant notre pouvoir sur le monde et modifiant notre perception. Elles offrent de nouvelles perspectives, une post-humanité en gestation naviguant entre réalité tangible et réalité virtuelle et informationnelles. Toutefois, il est aussi probable que cet élan soit impulsé par notre perte de puissance, de pouvoir sur nous-mêmes et sur le monde (voir Puissance et Pouvoir chez les philosophes vitalistes comme Spinoza ou Deleuze), de capacité à nous émanciper d’un corps encombrant lié à un univers tangible qui nous échappe encore largement.

Dans tous les cas ce fait de plus en plus pressant, cette impulsion émancipatrice dans un monde instable, anxiogène, oppressant et à la routine mortifère.
Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Hermès Trismégiste