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L'information sous l'angle de la vie

L’information à l’instar du gène n’est pas matérielle, elle a besoin du lecteur approprié, d’un support lui permettant d’exister pour nous, espèce vivante et animée. L’information se reproduit sur un support qu’il soit fait de papier, de disques inscriptibles, de sources amovibles ou encore l’ADN, molécule incroyablement stable et capable de conserver l’information durant des millénaires, si ce n’est pas plus.

A notre connaissance et autant que nous puissions être sûre de quoi que ce soit, c’est lorsque l’information put se reproduire sur l’ADN qu’elle acquis une pérennité lui permettant de faire des bons en avant en terme évolutif.
La quantité d’information que peut contenir l’ADN est incommensurable. Et ce sont ces informations génétiques qui ont progressivement développées des êtres de plus en plus complexes. On peut citer les grands singes véritables champions de la transmission d’ADN, jusqu’à nous et notre transmission d’informations génétiques et culturelles.

L’analogie de la génétique avec le mème, unité culturelle reproductible, dont on calcule aujourd’hui la viralité est plus qu’une métaphore. De nombreux scientifiques et informaticiens savent et étudient l’utilisation de l’ADN comme support pour remplacer les moyens de stockages classiques, limitées par leur mécanique, leurs circuits imprimés, leur finitude. Nous n’avons jamais fait mieux que la vie organique elle-même. Dans le film de Besson « Lucy », on y voit à la fin la construction d’un nouveau genre d’ordinateur, vivant et conçu de matière organique et électronique devant représenter l’ordinateur parfait. Bien sur il s’agit d’un film de science-fiction, mais toujours est-il que la science-fiction est la seule à avoir si bien anticipée (et inspirée) les évolutions futurs.

Ce qui est fascinant aussi c’est le très haut degré de conservation du code génétique. L’ADN le plus ancien retrouvé dans le permafrosts date de 700 000 ans ; certes dégradé et contaminé malgré un milieu propice à la conservation mais, sa constitution morcelée rend possible sa reconstitution et sa lecture. En analysant l’ADN humain contemporain, on découvre des informations génétiques appartenant auparavant à Neandertal, branche du genre Homo et provoqué par l’accouplement de deux espèces. La chaire a disparue depuis des millénaires mais l’information subsiste.

L’évolution s’est faite au travers de ce que l’on pourrait considérer comme des anomalies, mais qui au fil du temps ont été conservées et si bien intégrées qu’elles sont devenues normal et parties intégrantes de l’espèce. Il y a une grande différence entre notre vision anthropocentriste – individuelle ou non – et la marche réelle de la création. Si nos ancêtres préhistoriques avaient décidé qu’ils étaient tellement bien comme ça qu’ils auraient fait en sorte de ne rien changer et, d’éliminer tous les individus qui n’étaient pas comme eux, nous ne serions pas là aujourd’hui, l’espèce n’aurait pas évoluée, notre espèce humaine actuelle ne serait pas.
Nous sommes tous et toutes des accumulations « d’erreurs » et « d’anomalies » (toujours selon notre regard et notre unité de mesure), et nous ne sommes pas la dernière étape de l’évolution. La variation c’est ce qui fait l’évolution du vivant, le changement est la vie, sans variations le monde ne serait pas même bactérien aujourd’hui. C’est d’ailleurs le Temps qui donne une existence palpable. Si des organismes plus complexes que les bactéries sont apparues c’est parce que l’ADN sur des temps longs ne cesse de varier.

On peut encore une fois faire l’analogie avec les informations culturelles que nous transmettons, l’analogie avec les mèmes et, à mesure de transmissions, de dégradations, de copies de copies, d’erreurs, de recombinaisons, d’interprétations, de compréhensions avec des filtres différents, varient et évoluent ces informations, les rendant durables pour des temps encore inconnus, virales.