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Réappropriation et mèmes sur Internet

Nous observions avec le développement et la prolifération des appareils de communications mobiles, une tendance nette au détournement du langage. Mais contrairement à l’idée générale, ce phénomène n’a pas attendu l’arrivée des appareils mobiles et d’internet.

Internet est un système de mémoire parallèle au notre et en cela il n’est pas étonnant d’y retrouver des phénomènes semblables sinon identiques. Un miroir du monde humain, bien qu’internet soit fondamentalement différent, sans frontières, sans limitations spatiales et temporelles, sans limitation d’identités et de sexes. Il est exempt de la plupart des inégalités de la vie tangible et c’est là l’un de ses intérêts principaux, même s’il faut encore regretter certaines inégalités. Si internet ne faisait que reproduire les dysfonctions des sociétés, son intérêt en serait grandement limité, d’où l’importance capitale de maintenir sa neutralité ainsi que le respect de la vie privée.
Les jeunes générations ce sont toujours appropriées le langage, détournant les mots et leur sens. C’est le même processus pour le dit « langage SMS », propre aux appareils connectés, aux téléphones portables, aux programmes types MSN. Ce que l’on fait dans le monde tangible est projeté, aspiré dans l’océan de l’information.

Depuis peu un nouveau modèle se met progressivement en place, remplaçant partiellement le précédent. L’image a toujours été un langage, avec son vocabulaire propre, mais jamais nous ne l’avions utilisé comme moyen de communication immédiat entre les personnes, comme on le fait ordinairement avec des mots et des phrases.
Nous sommes témoin depuis peu d’une utilisation nouvelle de l’image. Et c’est d’autant plus intéressant à souligner que nous vivons dans un monde absolument saturé d’images, fixes ou en mouvements. Si bien qu’il est non seulement impossible d’assimiler et d’analyser toutes ces images, que même les machines peines à analyser. Il y a une invasion parasitaire d’images depuis le développement de la publicité, qui récupère à son compte les techniques et l’esthétique de l’art dans un but mercantile ; publicités de plus en plus agressives et invasives. Il est devenu presque impossible d’y échapper, d’échapper aux images et aux promesses qui embrouillent les esprits, compliquent le monde et l’opacifient ; que l’on soit dans le monde tangible ou dans l’internet, jusque dans le foyer des utilisateurs.

Le détournement, l’acte de s’approprier un élément est un acte de résistance et de distanciation. Bien souvent les générations précédentes considèrent à tort ces phénomènes comme marginaux ou ridicules, mais ce comportement de dénigrement des jeunes générations est commun à toutes les époques et semble remonter à l’aube de l’humanité, ce qui tend à réduire la légitimité de telles assertions.
Les actes de résistances comme ceux-là ont toujours existé sous des formes différentes et indépendamment de l’âge.Le détournement des éléments est en réaction à leur omniprésence, leur saturation ou toutes autres causes nécessitant une prise de distance critique. Selon les époques et les lieux, les outils et les ressources à dispositions changent, et qu’il s’agisse d’actes de résistances et/ou artistiques, l’acte doit s’inscrire dans une actualité, dans une période, dans un contexte particulier.La puissance des mots et des images n’est plus à démontrer, bien que dans certains milieux comme la télévision la tendance est dans la négation de cette puissance. C’est en contradiction total avec le but qu’ils se fixent, cet-à-dire l’audience et l’influence du plus grand nombre. Cette négation très présente dans le divertissement tend à ce dédouaner de la responsabilité qu’implique leurs métiers, avec des formules publicitaires telle que « La télé c’est que de la télé ». Cette négation peut aussi sans doute s’expliquer par une réaction épidermique et hypocrite aux critiques faites à la télévision, critiques souvent légitimes.Le détournement et la réappropriation sont des phénomènes salutaires, à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui ce sont les images dans l’océan de l’information, dans le but de communiquer, de critiquer, de délivrer un message souvent à travers l’humour. Les « mèmes » sur internet se multiplient, ils se développent et chacun peut à son tour détourner et ce réapproprier une partie des images présentent sur le net. C’est le même principe qu’une manifestation dans les rues, ou qu’une attaque DDOS visant à bloquer un site internet, on se réapproprie un ou des lieux.


Mème : élément d’une culture pouvant être […] transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitationWikipedia « Mème ».

Voir aussi le projet « Ici mèmes »