Sélectionner une page

Un arbre à abattre

Depuis l’installation de « The Tree » par l’artiste Paul McCarthy mercredi Place Vendôme nous sommes les témoins d’une vague d’agitations et d’émotions exacerbés.
Les réactions sur les réseaux sociaux sont particulièrement violentes à l’image de l’agression qu’à vécu l’artiste par un inconnu et l’expédition punitive visant à abattre le volume gonflé d’air.Il est dommage de constater que les critères conditionnant la majorité des critiques n’ont que peu à voir avec les arts et les pratiques créatives, s’apparentant plus souvent à des considérations sociaux-religieuses et//ou subjectives de « beauté », y compris dans les médias. Seulement nul ne peut dire ce que doit être l’art, ce que doit être un processus créatif et son rendu, si rendu il y a. Mais toute la dimension radicale et manichéenne des évènements des derniers jours n’en est pas moins intéressante.

De nombreuses questions se posent. Il ne semble pas que les œuvres de McCarthy aient un jour provoqué un tel séisme, ailleurs qu’en France. Contrairement aux inquiétudes liées aux finances publiques, les frais engagés pour l’œuvre sont uniquement issus de fonds privés, branche anglaise de la galerie Hauser & Wirth. Néanmoins, l’immédiateté des réactions éludent cette considération, qui une fois prise en compte est soudain balayé, occulté.

« …hurlant qu’il n’est pas français et que son œuvre n’a rien à faire sur cette place »

Quelque part il s’agit peut-être de rejeter un élément étranger ressenti comme une menace pour l’organisme. Celui qu’on ne connait pas et qu’on s’interdit de connaitre, le lointain inconnu qui fait peur, qu’on ne comprend pas et qu’on phagocyte. Il y a quelque chose d’épidermique dans ces réactions immédiates de survie et en-dehors de toute réflexion sereine. Ce qui occulte toute tentative d’analyse et quête de vérités, quel quelles puissent être.
Ce type de réaction n’est ni étonnant ni nouveau en soit, ce qui est nouveau c’est l’ampleur du sentiment de menace ressentie devant une œuvre de cette artiste.

Le renfermement des esprits et des âmes sur elles-mêmes ont tendances à ranger le nouveau, l’inconnu et l’imprévu sous le terme « étranger ». L’incongru qui n’est pas compris, qui plus est extérieur est traité avec méfiance et dans le cas présent, agressivité. Le figé rassure, l’apparente immuabilité des choses et leur prévisibilité rassurent mais n’en restent pas moins des illusions de notre perception. Mais qu’un élément « a-normal » s’avise d’entrer à l’intérieur de l’enceinte et l’inquiétante imprévisibilité provoque panique et effroi.